Procédés de la création

Céramiques lustrées

 

Au IXe siècle, chez les Abbassides, se développe une technique de décor sur céramique sophistiquée : le lustre. Il permet d’obtenir un effet métallique sur support vitrifié. Ce décor d’extrême surface (moins d’1µm d’épaisseur), est obtenu par la diffusion d’atomes d’argent et/ou de cuivre dans une matrice vitreuse. Les nanoparticules métalliques ainsi formées sont à l’origine de l’effet de chatoiement particulier.

Ce décor nécessite un savoir-faire de haute technologie, une maîtrise parfaite des températures et atmosphères de cuisson que peu d’artisans devaient posséder. Cette technologie s’est répandue dans tout le monde islamique autour de la Méditerranée entre le IXe et le XVe siècle, époque à laquelle elle apparaît en Italie où elle atteindra son apogée.

L’étude de ces lustres se fait par une méthodologie entièrement non destructive (RBS, PIXE mis en œuvre sur AGLAE, diffraction des rayons X, microspectrométrie Raman, etc.) pour obtenir la composition chimique, minéralogique, la répartition en profondeur et la taille des nanoparticules. L’objectif de ces recherches, menées en parallèle avec des conservateurs, des restaurateurs, des physiciens, des archéologues, des chimistes, est de comprendre comment une technologie de haut niveau se transmet sur plusieurs générations, comment elle s’adapte à des états de civilisation différents, à des traditions céramiques spécifiques et comment, à partir de la Renaissance, elle va se transformer et s’uniformiser au gré de l’évolution des goûts.

 

Partenaires extérieurs : Musée du Louvre (DAI, DOA), Musée national de la Renaissance d’Ecouen, Cité de la céramique – Sèvres, Musée national du Moyen Age et des Thermes de Cluny, Université Paris VI, CEMES - Toulouse, CNR de Rome, Université de Séville, Politi (université Catane), British Museum, Musée de Berlin.

 

Décors de céramiques à base d’oxydes de fer

 

L’objectif de ce programme de recherche consiste à comprendre les procédés pyrotechniques complexes ayant permis d’obtenir sur des céramiques des décors à base d’oxyde de fer présentant des colorations variées. Dans un premier temps, la recherche est centrée sur la caractérisation des premiers décors vitrifiés observés sur des vases funéraires provenant des nécropoles de Suse en Mésopotamie.

Un travail d’analyse à l’échelle micrométrique de ces décors est actuellement réalisé pour identifier les paramètres physiques (granulométrie, texture, etc.) et chimiques (composition, spéciation, etc.) à l’origine des nuances de couleur observées.  En parallèle, un travail de synthèse de décors modèles à base d’oxydes de fer dans différentes conditions (température, atmosphère du four) est mis en oeuvre. Il s'agit en effet de comprendre comment, à partir de matériaux de départ proches en composition (argile, oxyde de fer), des couleurs variées peuvent être obtenues. Les influences de différents paramètres comme la composition du mélange initial, la granulométrie, les atmosphères (oxydante/réductrice) et les températures du four, seront plus particulièrement étudiées.

L’ensemble des données collectées permettra d’apporter des éclairages nouveaux sur les savoir-faire des artisans anciens.

Ce programme s’inscrit dans les thématiques de recherche de l’équipe Physicochimie des Matériaux Témoins de l’Histoire (PCMTH) de l’UMR 8247 de l’Institut de Recherche de Chimie ParisTech (IRCP).

 

Partenaires extérieurs : Synchrotron SOLEIL, Musée d'Archéologie Nationale, Université de Toulouse – CEMES.

 

Céramiques de la Renaissance Française : Palissy et ses suiveurs

 

Les fouilles du Grand Louvre et celles du début du siècle ont permis de mettre au jour l’atelier de Palissy lorsqu’il était à Paris à la demande de Catherine de Médicis. Les milliers de fragments de céramiques (briques, carreaux, fragments de décors glaçurés), les vaisselles en terre cuite glaçurée, le matériel technique (albarelles, moules en plâtre, casettes, etc.), les objets associés (vaisselles communes, verres, etc.) offrent l’opportunité unique de caractériser la production authentique de ce maître de la Renaissance. Terres, glaçures, plâtres sont des témoins des recherches et des expérimentations inlassablement menées par Palissy ; une analyse de la matière à différents niveaux d’investigation, est nécessaire pour tenter de retrouver les secrets de création. Cette approche nécessite des protocoles d’analyses multiples et adaptés à des matériaux complexes, terres mêlées, glaçures mixtes. Une part importante du travail concerne la recherche des sources potentielles des matières premières utilisées par Palissy et des expérimentations multiples pour tenter de valider les hypothèses des techniques mises en œuvre.

Les résultats obtenus sont dans tous les cas confrontés aux écrits de Palissy. La production de Rustiques Figulines a été admirée, copiée, imitée jusqu’à nos jours et de nombreuses œuvres sont attribuées à Palissy, à son atelier ou plus vaguement à son école. L’étude des matériaux constitutifs des pièces sert donc à mettre en évidence des critères d’attribution et d’authentification permettant ainsi de classer les œuvres, de les rattacher à telle ou telle production, éventuellement de proposer une période de création. Les premiers résultats montrent que les compositions chimiques des glaçures sont assez banales, mais la présence d’éléments tels que le bore semble être un critère de différenciation des œuvres palisséeennes stricto sensu de pièces plus tardives. Toutes ces recherches nécessitent des méthodes d’analyses entièrement non destructives pour des plats et des vaisselles le plus souvent en parfait état de conservation.

 

Partenaires extérieurs : Musée du Louvre (DOA), Musée national de la Renaissance d’Ecouen, Cité de la céramique – Sèvres, Université de Cleveland, Musée des Beaux-Arts de Cleveland.

 

Pratiques artisanales de la couleur (peinture, dorure, vernis) dans l’Antiquité (argile, bois) - Pilina

 

Par le biais des analyses physico-chimiques de surface, l’étude des figurines polychromées en terre cuite grecque nous livre des informations capitales sur la nature des éléments utilisés par les artisans dans l’Antiquité mais aussi, sur l’organisation et la conception de leur travail (caractérisation des matériaux et techniques picturales, conservation et histoire de la restauration). L’analyse des argiles et de la polychromie des figurines béotiennes hellénistiques avait conduit à l’identification de différents ateliers de coroplathes (fabricants de figurines) et de leurs pratiques artisanales : utilisation notamment d’un type particulier de préparation blanche soit à base de calcite, soit de kaolinite, tandis que les productions de la Grèce orientale (actuelle Turquie) révèlent l’utilisation de pigments au plomb, comme des carbonates ou des vanadates plus complexes. De même les techniques de travail de « dorure », ie emploi d’une feuille métallique pour la polychromie, ont été appréhendées : feuille d’or pur dont l’épaisseur ne dépasse pas 1 micromètre ou rares restes de feuilles d’étain, sur des supports argileux ou organiques.

Le présent travail vise à déterminer la nature exacte des matériaux employés sur le monde grec entre Ve siècle avant notre ère et le Ier siècle (Turquie, Chypre, Egypte, Macédoine, Grèce) pour les couches préparatoires à la polychromie et les traitements de dorure (nature des feuilles, épaisseur, support), avec leurs propriétés physiques et mécaniques (couleur, texture, adhésion, etc.). L’analyse des matériaux métalliques et minéraux cherche à retracer les échanges économiques des matières premières sur le Bassin Méditerranéen ; la caractérisation des matières colorantes permettra une étude diachronique et transversale de ce type de production.

 

Partenaires extérieurs : Musée du Louvre, LADIR - UMR7075, Institut de Chimie et des Matériaux Paris-Est - UMR 7182, Ecole Nationale Supérieure de Chimie Paris, Université Paris X – UMR ArScAn, KERA Athènes, ORMYLIA, Musée national archéologique d’Athènes.

 

Terres cuites et stucs polychromes de la Renaissance Italienne

 

Plusieurs programmes de recherche ont été menés depuis plusieurs années en collaboration étroite avec le département des sculptures du musée du Louvre. Le premier projet était centré sur les terres cuites glaçurées de la bottega des Della Robbia, le second s’est élargi aux sculptures polychromées en terre cuite. Pour les cinq prochaines années (2014-2019), un nouveau projet se focalise sur les productions sérielles d’œuvres en terre et en stuc : il s’agit de déterminer, à partir d’un modèle et de ses multiples moulages, le rôle des commanditaires dans les options techniques et esthétiques retenues, l’évolution du goût au long des XVe-XVIe siècles et la place des particularités régionales sur les choix des matériaux et de leur mise en œuvre.

Le projet se décline en plusieurs axes :

1) Caractérisation fine des constituants du support et des décors. Si le travail a déjà été en partie réalisé pour la terre, il est à compléter pour la polychromie et à initier pour les stucs. Pour ce dernier matériau, de nouveaux protocoles devront être élaborés pour caractériser à la fois phase minérale et organique.

2) Détermination des techniques de mise en œuvre de la matière, modelage, moulage, façonnage, élaboration des œuvres complexes ; cette phase des recherche implique l’utilisation intensive des prises de vues 3D et de la tomographie.

3) Authentification et datation.

 

Partenaires extérieurs : Musée du Louvre, Ecole Nationale Supérieure de Chimie Paris, Opificio delle pietre dure, Rijksmuseum, PATRIMA.

 

Faïences du 1er millénaire en méditerranée orientale

 

Depuis 2008, des analyses sur les collections de faïences des trois départements des Antiquités Egyptiennes, des Antiquités orientales et des Antiquités Grecques, Etrusques et Romaines ont été réalisées sur les objets cités comme « aegyptiaca ». L’objectif est, d’une part, de mieux caractériser les matériaux des productions très mal connues mais très largement répandues et, d’autre part, de proposer des pistes de réflexion nouvelles sur leur origine et leur diffusion en Méditerranée orientale.

La problématique est complexe, à la croisée des mondes égyptien, grec, levantin, chypriote et punique. Les matériaux du support mis en œuvre sont communs et il faut dès lors rechercher des modifications souvent ténues dans les matières premières utilisées pour les glaçures ou dans la préparation des colorants. L’état d’altération important de nombreuses pièces et l’exigence de travailler de façon entièrement non destructive compliquent encore la démarche.

Pour le moment, plus de 200 analyses ont été réalisées sur une vingtaine de groupes « stylistiques ».

 

Partenaires extérieurs : Louvre (DAE, DAGER), British museum (projet Charisma).

 

Goya dans les collections publiques françaises

 

Etude technique des peintures de Goya et de son entourage conservées dans les collections publiques françaises

Le corpus des œuvres de Goya fait en ce moment l’objet d’une réévalution complète, qui est équivalente à celle qu’a connu l’œuvre de Rembrandt il y a quelques années : des tableaux considérés chefs-d’œuvre du peintre sont rejetés de son corpus (le Colosse, la Laitière de Bordeaux) et la personnalité des artistes gravitant autour du maître est redéfinie.

L’étude en cours s’inscrit dans le cadre de ce réexamen. Elle vise à documenter scientifiquement les œuvres de Goya et de son entourage conservées dans les musées français, à étudier la technique de l’artiste et ses particularités.

 

Partenaires extérieurs :

1. Musées conservant des œuvres entrant dans le corpus : Paris, musée du Louvre (DP) ; Musées des Beaux-arts d’Agen, musée Bonnat-Helleu de Bayonne, musée des Beaux-arts de Besançon, musée Goya de Castres, musée des Beaux-arts de Lille, musée des Beaux-arts de Strasbourg.

2. Musées étrangers : Musée du Prado, Madrid ; National Gallery, Londres ; Metropolitan Museum, New York ; Frick Collection, New York ; Dulwich Picture Gallery, Dulwich ; musée de Saragosse etc.

 

Léonard de Vinci : les draperies

 

Etude technique des études des draperies attribuées à Léonard de Vinci conservées sur le territoire français

Le musée du Louvre, département des arts graphiques, conserve six études de draperie, peintes sur toile, qui sont généralement attribuées aux années de formation de Léonard de Vinci. Avec le musée des Beaux-arts de Rennes, qui conserve deux études similaires, et la Fondation Custodia à Paris, qui en possède une, la France conserve 9 des 16 draperies qui constituent, selon les spécialistes l’un des problèmes d’attribution les plus difficiles de la Renaissance italienne.

Ces draperies ont déjà été étudiées au laboratoire en 1989, mais assez sommairement. Elles n’ont pas bénéficié des techniques d’examen et d’analyse non invasives qui ont été développées depuis (photographies en haute définition, réflectographie infrarouge, fluorescence X, diffraction X, spectrométrie infrarouge et Raman).

L’objet de l’étude est de reprendre de façon exhaustive l’examen de chaque drapé pour en explorer tous les aspects : support, préparation, matériaux de mise en œuvre, procédés d’exécution. On espère ainsi préciser leurs méthodes d’exécution et leurs caractéristiques techniques pour procéder à des regroupements attribuables à différentes mains (outre Léonard, les noms de Verrocchio, Lorenzo di Credi, Ghirlandaio, Fra Bartolommeo ont été proposés) ou à différentes périodes d’exécution.

L’étude d’une draperie-test, faite en 2013, laisse espérer d’intéressants débouchés à cette recherche.

 

Partenaires extérieurs :

1. Etablissements concernés par l’étude : Musée du Louvre (DAG);  musée des Beaux-arts de Rennes ; Institut néerlandais, Paris (en projet).

2. Conseil scientifique : Musée du Louvre (DP, DAG), Metropolitan Museum de New York.

 

Techniques de la statuaire française en Bronze de la Renaissance au siècle des lumières

 

Très peu présente en France durant le Moyen Age, la sculpture en Bronze est remise au goût du jour par François Ier au milieu du XVIe siècle. Or, réaliser une sculpture en bronze participe d’un ensemble de techniques et de savoir-faire très complexes, qui allient techniques de modelage, opérations de fonderie, et traitement d’assemblages et de finition, dont la mise en couleur. La question se pose donc de savoir d’où ont été exhumé ces savoir-faire au XVIe siècle. Le présent projet vise à documenter les techniques de la sculpture en Bronze produite en France durant cette période clé qui va des années 1560, avec l’arrivée de grands sculpteurs venus d’Italie comme Bordoni, jusqu’au début de l’explosion de la production sous le règne de Louis XIV, soit 1660. Pour ce faire, trois types de documents sont étudiés : (i) les sculptures en alliage base cuivre au moyen de divers outils (analyse des matériaux, examens visuels et radiographiques, simulation expérimentale), (ii) les données archéologiques relatifs aux ateliers de production, (iii) les archives administratives et les traités techniques anciens.

 

Partenaires extérieurs : Musée du Louvre, Chatêau de Fontainebleau, Université Versailles St Quentin, Fonderie de Coubertin, Decorative Arts and Sculpture Consevation, The J. Paul Getty Museum Straus Center for Conservation and Technical Studies, Harvard Univrsity Art Museums.   

 

Techniques de la statuaire khmère en Bronze

 

Active pendant près d’un millénaire, la métallurgie du bronze khmère se distingue par une remarquable continuité entre le VIIIe et le XVIe siècle et par la production aussi bien d’images sacrées que d’objets les plus divers et le plus souvent cultuels. Cette tradition métallurgique, très peu étudiée jusqu’ici, a fait l’objet de travaux au C2RMF depuis 1997, avec un accent porté sur l’époque dite « angkorienne ». Le projet a pour principal objectif de caractériser les savoir-faire techniques alors maîtrisés par les bronziers angkoriens. Un corpus raisonné de plus de 200 statues et objets en bronze, issus de plusieurs collections muséales et soumis à diverses techniques d’examen et d’analyse a notamment aidé à reconstruire les séquences de travail de la chaîne opératoire présidant à la réalisation d’un bronze. De plus, la fouille d’un atelier de bronzier est en cours au sein même du Palais Royal d’Angkor.

 

Partenaires extérieurs : Musée des Arts Asiatiques Guimet, Musée National du Cambodge, Ecole Française d'Extrême Orient, Freer Gallery-Smithsonian.

 

Métallurgie du laiton et des alliages à base de cuivre au Moyen Age

 

Au bas Moyen Age, l’explosion urbaine voit en Europe une démocratisation du cuivre et de ses alliages : le mobilier jusqu’alors réservé aux élites gagne les demeures les plus modestes, générant une demande énorme qui bouleverse les systèmes de production. L’objectif du programme de recherche est, d’une part, de documenter ce phénomène en caractérisant les techniques, et notamment les stratégies en matière d’alliages qui sont mises en place et, d’autre part, de caractériser les procédés d’élaboration du laiton, un alliage cuivre-zinc qui devient au Moyen Age synonyme de métal haut de gamme. La simulation expérimentale des procédés en laboratoire et sur le terrain est l’outil principal de cette investigation.

 

Partenaires extérieurs : LAMOP et INRAP, Service Public de Wallonie, Institut Royal des Sciences naturelles de Belgique, LAMPEA Aix en Provence.

 

Recherche sur les procédés d’élaboration des verres opacifiés aux antimoniates

 

Il s'agit de redécouvrir les procédés de fabrication des verres opaques – en particulier ceux opacifiés aux antimoniates depuis l'Egypte antique jusqu'à aujourd'hui. Un verre est rendu opaque par la présence de petits cristaux ou opacifiants répartis dans la matrice vitreuse. L'opacité est produite grâce à un indice de réfraction des cristaux différent de celui de la matrice. Cette recherche engagée en 2006 a permis de redécouvrir les modes de fabrication de différentes productions de verres opaques par une approche originale conjointe de l'archéométrie et de la science des matériaux avec l’emploi de diverses méthodes expérimentales rarement utilisées dans ce domaine, à la fois performantes à l’échelle microscopique et complémentaires. Nos recherches ont permis de mettre au point des critères microstructuraux et analytiques permettant de distinguer les trois modes de fabrication des cristaux envisageables.

Cette recherche se poursuit en explorant une nouvelle production, celle des verres opaques employés pour réaliser les émaux limousins datés du XIIe au début du XIIIe siècle. Nous ignorons aujourd’hui comment ces cristaux ont été obtenus. Dans un premier temps, il s’agit de définir éventuellement d’autres critères d’identification du mode d’opacification pour ces émaux qui se révèlent beaucoup plus complexes que les productions déjà étudiées. Chaque émail opaque coloré est un matériau composite fait d'un mélange hétérogène de grains de verre de différentes composition et natures, plus ou moins opaques et translucides. Cette recherche doit désormais être menée, non plus à l’échelle d’un échantillon de verre, mais à celle d'un grain de verre, dont la taille varie de la centaine à quelques centaines de microns. Dans un second temps, il s’agit de compléter l’étude des tesselles de mosaïque romaines avec, en particulier, la couleur turquoise qui présente des caractéristiques différentes des autres couleurs. Les productions d’émaux et de tesselles seront ensuite comparées entre elles pour bien distinguer les points communs et les divergences. Cette recherche permettra de progresser dans notre connaissance des technologies verrières anciennes, ainsi que dans les pratiques verrières au Moyen Age. Elle apportera en particulier des éléments scientifiques rigoureux pour avancer dans l’étude de l’hypothèse d’un ré-emploi de tesselles par les émailleurs limousins. Ce projet se trouve connecté à la recherche en cours sur les tesselles de mosaïque dorées.

 

Partenaires extérieurs : Metropolitan Museum de New York, Laboratorio di Analisi dei Materiali Antichi (LAMA - Università IUAV, Venise), ESRF de Grenoble, Saint-Gobain Recherche Aubervilliers UMR 8167 - Orient & Méditerranée.

 

Le blanc de plomb dans les œuvres peintes

 

Le projet vise à développer une nouvelle approche analytique du pigment blanc de plomb : on déterminera les signatures de son élaboration à l’aide d’analyses élémentaires (IBA, XRF, SIMS) et structurales (SR/µ-DRX + Analyse Rietveld) et on s’efforcera de comprendre le mécanisme de vieillissement des couches picturales où il est impliqué. Le système [pigment + liant organique] composant les couches à base de blanc de plomb sera ainsi étudié dans sa globalité, notamment à travers les interactions physico-chimiques qui le régissent (RPE) en comparant le comportement de couches artificielles avec celui de coupes de peintures anciennes. A travers cette double approche, on vise à une meilleure compréhension des matériaux du peintre et au développement de nouveaux critères d’attribution des œuvres.

Les objectifs du projet sont :

La caractérisation des pigments blanc de plomb. On déterminera d’une part les proportions des phases cristallines et d’autre part le cortège d’éléments traces qui varient en fonction de l’origine du plomb utilisé et des procédés d’élaboration du pigment. On examinera également la morphologie et la texturation des grains dont dépendent la rhéologie et le rendu artistique (brillance, transparence).

La stabilité des pigments et interactions avec le liant. On étudiera les conditions de stabilité des phases cristallines cérusite/hydrocérusite. Par ailleurs, l’implication avérée des huiles siccatives contenant des composés de plomb dans l’altération des couches picturales nous amènera à explorer les interactions chimiques du pigment avec la phase organique. Il faudra aussi s’assurer que les signatures chimiques définies dans la première partie restent exploitables malgré une possible évolution du mélange au cours du temps. Ces études permettront à terme de développer un modèle de vieillissement des couches à des fins d’authentification, restauration et préservation.

Ce programme s’inscrit dans les thématiques de recherche de l’équipe Physicochimie des Matériaux Témoins de l’Histoire (PCMTH) de l’UMR 8247 de l’Institut de Recherche de Chimie ParisTech (IRCP).

 

Partenaires extérieurs : Projet LeadART (Rollando, Université Lille 1 ; Univ. Amsterdam ; UniFi ; Ecole Polytechnique de Milan, etc.).

 

Etude de la production thébaine des sarcophages à fond jaune de la Troisième Période Intermédiaire : cas des pigments arseniés et verts au cuivre

 

Le projet consiste en l’étude matérielle avec mise en commun des données techniques obtenues lors des examens et analyses de ces objets dispersés au sein de collections européennes et provenant d’une même région égyptienne sur une période de production très brève. Une possible affiliation à une production particulière dans des ateliers donnés pourrait émerger de ces résultats ainsi qu’une reconstruction des lignées familiales thébaines durant les XXIe et XXIIe dynasties. La production se caractérise par l’usage abondant et nouveau de matériaux importés arseniés parfois dégradés (orpiment, réalgar), avec des roches dolomitiques (huntite, dolomotique) et plusieurs type de pigments verts de synthèse au cuivre : acétate, chlorure, verre, etc. avec présence d’étain et d’antimoine.

L’enjeu est à la fois méthodologique (dans l’élaboration de protocole commun de laboratoire), technique (regrouper les données sur les matériaux antiques et leur mise en oeuvre, tant bois que pigment, choix des matériaux, palette et polychromie, technologie de fabrication et d’assemblage, traces d’outils, identification de « mains » d’artistes, etc.), historique (reconstruire des lignées familiales par le biais des choix iconographiques ou matériels, établir des critères d’affinement des datations et surtout de localisation géographique, voire d’identification d’ateliers).

 

Partenaires extérieurs : Musée du Louvre, Musée du Vatican, Musée de Leyde, Rijksmuseum von Oudheden, Musée de Turin, Laboratoire scientifique des musées du Vatican, Laboratoire d’Amsterdam, (LADIR - UMR7075).

 

Recherche sur les verres émaillés vénitiens de la Renaissance

 

Par leurs qualités visuelles remarquables et leur exceptionnel état de conservation, les verres vénitiens à décor émaillé et doré de la Renaissance comptent parmi les arts décoratifs les plus appréciés du XIXe siècle à nos jours - témoignage de l’essor exceptionnel de la production de verre à Venise dans la seconde moitié du XVe et au XVIe siècle. Si, depuis le milieu du XIXe siècle, ils sont massivement attribués à Venise, il apparaît que la production vénitienne, connaissant un immense succès européen, a été rapidement imitée par de nombreux autres centres verriers (Tyrol, Autriche, Bohême, Pays-Bas, etc.) et sur une vaste période chronologique (XVIe – XVIIIe s.) – on désigne cette production par l’expression « Façon de Venise ». En outre, les spécialistes s’accordent à penser qu’un certain nombre de pièces sont également des copies ou des faux fabriqués au XIXe siècle, en raison de la grande valeur accordée à ces œuvres par les collectionneurs. L’objectif de cette recherche est de définir des critères analytiques, voire techniques, permettant de distinguer les productions d’origine vénitienne de celles réalisées à la « Façon de Venise » par l’étude du verre support et des émaux ainsi que des sources écrites. Les recettes de fabrication suivies pour ces émaux demeurent encore inconnues – seuls quelques prélèvements ayant déjà été analysés au laboratoire du Metropolitan Museum aux USA. Ce premier programme de recherche (PATRIMA CRISTALLO) a pour objectif l’étude de ces verres sous un angle résolument transdisciplinaire, associant les compétences de différents professionnels (physico-chimistes, conservateurs, restaurateurs, historiens, archéologues, etc.). En effet, il s’attachera non seulement à la caractérisation physico-chimique du matériau verre/émail, à la constitution et à l’étude typologique, historique et stylistique d’un corpus des œuvres conservées en collection publique et privée, mais plus largement à l’usage culturel et social de cette production réservée aux élites de la Renaissance, ainsi qu’au collectionnisme et à l’histoire du goût qui expliquent leur présence massive dans les musées depuis le XIXe siècle.

 

Partenaires extérieurs : Musée du Louvre (DOA), Musée national de la Renaissance d'Ecouen, Musée des Arts Décoratifs (Paris), Petit Palais (Paris), Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris, Cité de la Céramique-Sèvres, Ecole nationale des Chartes, University College London, Wallace Collection, British Museum, Victoria and Albert Museum (Londres), Metropolitan Museum (New-York), Laboratorio di Analisi dei Materiali Antichi (LAMA - Università IUAV, Venise), Corning Museum (USA), deux historiennes d’art spécialistes des verres vénitiens (Venise).

 

Les cuivres émaillés, dits vénitiens, de la Renaissance

 

Les cuivres émaillés et dorés représentent, au sein des arts décoratifs de la Renaissance italienne, une production relativement modeste (moins de trois cent objets sont parvenus jusqu’à nous) mais très raffinée, traditionnellement attribuée à Venise. Le métal, qui donne sa forme à l’objet, sert de support à un décor richement coloré formé de plusieurs couches d’émail. La dorure joue un rôle important dans ce décor. La majorité des pièces conservées forme une vaisselle principalement composée de coupes, parfois couvertes, d’assiettes, de plats, de salières, d’aiguières et de gourdes. D’autres types d’objets existent toutefois, comme des coffrets, des flambeaux et des chandeliers, ou encore un miroir ; quelques baisers de paix, des burettes, des reliquaires ou ostensoirs attestent également un usage religieux. Depuis le milieu du XIXe siècle, cette production est considérée comme vénitienne, par rapprochement avec les verres émaillés fabriqués à Murano. Les archives semblent muettes à son sujet et d’autres hypothèses ont récemment été avancées (Lombardie ?) ou sont encore à explorer. Diverses hypothèses ont également été formulées sur l’usage et la clientèle à laquelle ces œuvres étaient destinées. Elle s’inscrit sans doute dans la tradition de l’orfèvrerie émaillée attestée à Venise, mais également à Florence, dans la seconde moitié du XVe siècle. Admirés et collectionnés au XIXe siècle, période à laquelle se forme la collection du Louvre, ces objets tombent ensuite dans l’oubli. Un projet interdisciplinaire, lancé en 2012 par le département des Objets d’art, en partenariat avec le C2RMF et la Fondation Giorgio Cini de Venise, se donne pour objectif de mieux connaître ces œuvres remarquables tant du point de vue des techniques de fabrication, des formes et des ornements, que de leur contexte de création culturel et social.

 

Partenaires extérieurs : Musée du Louvre (DOA), Musée national du Moyen Age et des Thermes de Cluny, Fondation Cini (Venise), Laboratorio di Analisi dei Materiali Antichi (LAMA - Università IUAV, Venise).